Canalblog Tous les blogs Top blogs Technologie & Science Tous les blogs Technologie & Science
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

En quoi les machines et technologies créées par l'homme influent-elles sur son essence même d'être humain ?

Publicité
1 avril 2015

Références de chaque article

Vous trouverez ici toutes les références bibliographiques, iconographiques ou autre(s) utilisées pour rédiger et penser nos articles.

 

Article 1

The evolution of man, Damenace

Descartes, Discours de la méthode, partie IV, (1637).

Aristote, Les parties des Animaux 

Hans Jonas, Le principe de responsabilité (1979) 

Gilbert Simondon, Du mode d'existence des objets techniques (1958)

 

Article 2

Léo Caillard, photographie illustrant le Philosophie Magazine, n°62, septembre 2012, couverture et p.35 "Pourquoi nous n'apprenons plus comment avant ".

Œuvre sans titre, Illustration réalisée pour la presse grâce à des logiciels 3D par Igor Morski.

Hélène Malard, « De la tablette d’argile à la tablette tactile », Philosophie Magazine, n° 62, septembre 2012, p.39

Nicolas Carr, Internet rend-il bète ?, 2011.

Marc Prensky, DigitalNatives, Digital Immigrants, 2001

Michel Serres, Petite Poucette,2012

Gary Small, Ibrain, 2009.

Gérard Bary, l’informatique modifie-t-elle notre façon de penser [en ligne]. Le Figaro (20 avril 2012).

Paris Tech Review, Nouveaux schémas de pensée, quel impact pour l’éducation, février 2015

Hubert Guillaud, Internet a-t-il changé les modes de pensée [en ligne], Le Monde, 26 février 2012

Association loi 1901, l‘INRS est un organisme public de référence dans le domaine de la santé au travail financé par l’Etat français.

SIMONDON Gilbert, Du Monde des objets techniques, 1958, éditions Aubier collection Philosophie.

MORSKI Igor, Œuvre sans titre, Illustration réalisée pour la presse grâce à des logiciels 3D consultable à l’adresse suivante.

 

Article 3

The Naked Sun, Isaac Asimov (1956)

Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.33.

T. de Billencourt, T. Beauvisage, Z. Smoreda, « La communication interpersonnelle face à la multiplication des technologies de contact », Réseaux, n° 145-146, 2007.

Nathalie Blanpain (dir.), Division Conditions de vie des ménages, « 1983-1997 : les Français se parlent de moins en moins », INSEE PREMIERE, n°571, mars 1998. 

Miguel Degoulet, Claire Sani, « Français - BTS 2014 », Annales ABC du BTS, Nathan, 2013, p.50.

Enquête « Comment, sur le web, les auteurs utilisent les réseaux sociaux comme un laboratoire textuel ». L'écriture 2.0, Magazine littéraire, 26/04/2012, < http://www.magazine-litteraire.com/actualite/ecriture-2-0-15-26-04-2012-36776>

Miguel Degoulet, Claire Sani, « Français - BTS 2014 », Annales ABC du BTS, Nathan, 2013, p.48.

Régis Bigot, Patricia CROUTTE, Emilie Daudey, Enquête « Conditions de vie et Aspirations des Français », La diffusion des technologies de l'information et de la communication dans la société française (2013), CREDOC, Collection des rapports n°297, novembre 2013.

C. Licoppe, « La présence connectée » in C. Licoppe (dir.), L'Evolution des cultures numériques. De la mutation du lien social à l'organisation du travail, FYP éditions, 2009.

Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.35.

Valérie Beaudouin, « Les dynamiques de sociabilités »  in C. Licoppe (dir.), L'Evolution des cultures numériques. De la mutation du lien social à l'organisation du travail, FYP éditions, 2009, p.23.

Howard Rheingold, Les Communautés virtuelles, Addison-Wesley France, 1995.

Mathieu Chartier, Guide complet des réseaux sociaux, First Interactive, 2013, p.16 et 34.

Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.36.

Etude « L'audience de l'internet en France en décembre 2013 », Médiamétrie, 03/02/2014.

Patrice Flichy, « L'individualisme connecté entre la technique numérique et la société », Réseaux, n°124, 2004.

A. Largier, « Je, nous, jeu ». La constitution de collectifs de joueurs en réseau », Réseaux, N°114, 2002.

D. Cardon, Z. Smoreda, V. Beaudoin, « Sociabilités et entrelacement des médias », dans P. Moati (dir.), Nouvelles technologies et modes de vie. Aliénation ou hypermodernité ?,Editions de l'Aube, 2005.

D. Wolton, Penser la communication, Flammarion, 1997.

Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.42.

P. Breton, Le Culte de l'Internet. Une menace pour le lien social ?, La Découverte, 2000.

S. Tisseron, S. Missonnier, M. Stora, L'Enfant au risque du virtuel, Dunod, 2006.

Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.43.

Publicité
1 avril 2015

Conclusion


Nous avons successivement vu que l’homme, de par sa position de créateur, avait une ascendance sur la technique. La machine est pour lui un outil qui l’assiste et lui permet de transformer le monde selon ses besoins et ses désirs. Néanmoins, parce que toutes les machines ont un effet sur leur environnement, et sans rentrer dans une vision technophobe, il semble prudent d’appliquer le principe de précaution aux situations les plus complexes afin de protéger au mieux l’être humain et le monde qui l’entoure.

En effet, il est indéniable que les machines, omniprésentes autour de nous, influencent l’homme et son essence même d’être humain. Elles modifient son corps, tant sur le plan physique, avec la création de handicaps par exemple, que sur le plan cognitif, avec une transformation des processus de réflexion. Mais ces changements induits par la machine et la technique ne s’arrêtent pas là : ils concernent aussi notre façon de communiquer avec autrui : les nouvelles technologies ont notamment permis la création de nouveaux espaces d’échange voire de nouvelles formes et logiques de sociabilité. 

Cependant, toutes ces modifications ne sont pas forcément néfastes pour l'homme. Nous assistons depuis quelques années à une révolution numérique et technologiques qui a des conséquences sur l'homme, ses schémas de pensées, son corps et sa sociabilité mais il ne faut pas tirer la sonnette d'alarme au nom d'une nostalgie trop facile. Il parait essentiel de rester critique vis à vis des techniques qui nous entourent et essayer de toujours remettre en question l'usage que nous en avons.

1 avril 2015

La machine, un objet social ?

11121243_534052000067563_848149446067441074_o

The Naked Sun, Isaac Asimov (1956)

Solaria est une planète sur laquelle les habitants ne se rencontrent jamais et leurs rapports se font exclusivement par le biais des télécommunications. Dans cette utopie, les contacts physiques sont donc inexistants. Asimov décrit une société qui, certes, ne manque matériellement de rien, mais qui s’avère sans objet, abêtie et morne, parce qu’elle a négligé ce qui fait l’essence des rapports sociaux : la communication.

Nous avons vu précédemment que les technologies, en tant qu’outils, ont des impacts physiques sur l’homme. Or, les nouvelles technologies numériques, en développant les possibilités de communiquer, influencent également la construction du lien social, en tant que « relations qui unissent des individus faisant partie d’un même groupe social et / ou qui établissent des règles sociales entre individus ou groupes sociaux différents »[1].[L1]  Nous voyons apparaître de nouveaux moyens d’échanger qui, à leur tour, « modifient la relation, la présence à l’autre et les manières d’établir, de gérer et de renforcer les liens de sociabilité »[2]. Nous nous intéresserons donc ici à l’analyse des divers changements que ces machines induisent sur le lien social.

 

D’une sociabilité traditionnelle à une sociabilité électronique

A l’heure actuelle, les individus utilisent de plus en plus d’outils de communication afin d’entrer en contact et d’interagir. Ainsi, les rencontres en face-à-face disparaissent de plus en plus au profit d’échanges « instrumentés »[3]. Selon une enquête de l’INSEE « alors qu’en 1983, 78% des individus déclaraient avoir eu une discussion [en présentiel] avec au moins un ami au cours de la semaine, ils ne sont plus que 66% en 1997 dans ce cas »[4]. Afin de favoriser l’interopérabilité des équipements, il a été nécessaire de définir des standards qui, à leur tour, influencent les normes d’échanges communicationnels via l’électronique. Une sorte de « parole numérique »[5] qui participe à la construction d’un nouveau lien social. Cette écriture revêt différentes caractéristiques telles que les « formes courtes, généralement poétiques que l’on pourrait rapprocher des haïkus japonais ou plus sentencieuses, se rapprochant de la tradition française des aphorismes et proverbes, […] d’une longueur très limitée sur Twitter [jusqu’à] 140 signes »[6]. Autre exemple, les Smileys qui permettent à leur tour de traduire nos expressions, rendues invisibles par des corps qui ne sont plus en présence.

Les modes de rencontre évoluent ainsi que notre manière d’échanger. Toutefois, les technologies ne modifient pas seulement notre langage. C’est l’ensemble de notre manière de communiquer qu’elles bouleversent.

 

Les codes de la communication remis en question par le numérique

En s’appuyant sur le schéma du linguiste Roman Jakobson qui détermine les six composantes de la communication (l’émetteur, le destinataire, le code, le contexte, le message et le contact), nous pouvons constater que les NTIC ont profondément renouvelé notre façon de communiquer[7]. Ainsi, l’émetteur et le destinataire ne sont pas obligatoirement en situation de présentiel. Ils peuvent d’ailleurs ne s’être jamais rencontrés ou parlés auparavant, ne pas se voir et même ne pas connaître leur identité respective. Avec l’utilisation du numérique, le code change également (langage SMS, Smileys, mélange entre les mots, les images et le son…). Les individus voient également apparaître de nouveaux contextes (« mur » Facebook, tchat, forums de discussion, Skype…). Aussi pourront-ils communiquer de manière synchrone (en même temps) et asynchrone (dans des temps différents). Il est aujourd’hui possible de laisser un message sans pour autant que le destinataire ne soit nécessairement présent au moment T de l’édition et de la réception du message. Enfin, les modalités de contact se modifient avec ces nouveaux supports (mobiles, tablettes numériques, ordinateurs…).

Chacun des éléments propres aux échanges communicationnels se trouve modifié et de nouvelles pratiques apparaissent. Celles-ci tendent d’ailleurs à s’imposer par l’intermédiaire d’une connexion quasiment ininterrompue. 

 

Des individus davantage connectés

Une enquête de juin 2013 sur les « Conditions de vie et Aspirations des Français » du CREDOC[8] révèle par exemple que 89% des personnes résidant en France détiennent un téléphone portable. En outre, « avec la multiplication des tablettes tactiles et des smartphones, une part croissante et significative des français se connecte en permanence à Internet, quel que soit l’endroit ». Ainsi, chaque « temps mort » est propice à l’utilisation des outils numériques (transports en commun, voiture, salle d’attente…). De fait, le développement des moyens de communication et l’amélioration des leurs caractères pratiques et mobiles (téléphones portables et SMS…) connecte les individus de manière continue. Les relations s’orientent désormais davantage sur l’existence et l’expression du lien, et délaissent le contenu… Cette « présence connectée »[9] observe donc aujourd’hui une fonction phatique de manifestation de la relation, « une sorte de présence à l’autre »[10] constante. La sociabilité classique, caractérisée par la matérialité du corps ainsi que les « marqueurs sociaux et psychologiques » se transforme en une « sociabilité désincarnée où tout se vit à distance, virtuellement, en amont d’un éventuel face-à-face»[11].

La diminution des rencontres avec « coprésence des corps »[12] et « l’augmentation significative des contacts médiatisés laissent supposer que les échanges qui empruntent les technologies ont pris une place prépondérante »[13].

 

De nouveaux espaces d’échange de plus en plus prisés

En 1994, Howard Rheingold, écrivain américain spécialiste des implications sociales, culturelles et politiques des rapports que l’Homme entretient avec les NTIC, décrit les communautés virtuelles comme des « regroupements socioculturels qui émergent du réseau lorsqu’un nombre suffisant d’individus participent à des discussions publiques pendant assez longtemps en y mettant suffisamment de cœur pour que des réseaux de relations humaines se tissent au sein du cyberespace »[14]. Ce sont donc des nouvelles formes d’organisation sociale, caractérisées par une interactivité sur le long terme, entretenue par des intérêts communs.

Prenons l’exemple de Facebook, « leader incontesté en matière de média social, […] qui permet de nouer des contacts et de partager des informations avec des cercles de connaissances »[15] sur le web. Les communautés virtuelles ont ainsi contribué à l’émergence d’une nouvelle forme de « sociabilité, ouverte et déterritorialisée »[16], de plus en plus prisée par les internautes. En 2014, l’institut Médiamétrie a publié un communiqué démontrant d’ailleurs que « les français passaient en moyenne 05h23 sur les blogs et sites communautaires par mois début 2013, en précisant que les gros consommateurs d’Internet, représentant à eux seuls 55% du temps passé en connexion, avoisinaient les 28 heures par mois sur ces mêmes sites »[17].

Dans un contexte de délitement des liens sociaux au travail et au sein de la famille, les communautés virtuelles offrent de nouveaux lieux de sociabilité. Elles participent donc à modifier nos relations sociales de manière paradoxale, où les échanges numériques isolés s’inscrivent conjointement dans un objectif réel de solidarité. Les changements interviennent donc à la fois au niveau personnel (pour soi) et dans les relations interpersonnelles (amitié…).

 

Entre individualisme et solidarité : une « présentation de soi médiatisée »

L’apparition de ces communautés numériques a été motivée par des intérêts individuels et collectifs. En effet, Internet permet à chacun de devenir un personnage public. Les publications sont personnalisées et constituent de fait le reflet de l’image de soi. 

Aussi recherchons-nous à valoriser cette image pour obtenir une certaine reconnaissance (les « J’aime » de Facebook ou le nombre « d’amis », le nombre de « vues » sur Youtube ou de « followers » sur Twitter par exemple). Bien loin d’être spontanée, l’identité numérique se révèle mise en scène. L’interactivité se construit ensuite à partir de ce qui a été dit de soi. Ce phénomène s’interprète aujourd’hui comme un « individualisme connecté »[18] où nous construisons notre identité à travers les échanges que l’on donne à voir publiquement.

L’aspiration à la distinction et à l’individualité a donc contribué à créer de nouvelles formes de sociabilité enrichies.

 

Des modes de sociabilité qui se complexifient

Nous avons vu précédemment que les NTIC ont fait naître de nouvelles manières de créer du lien social. Il est cependant nécessaire de souligner que celles-ci n’effacent pas les modes et réseaux de sociabilité ordinaires, ni-même ne les remplacent. Nous pouvons d’ailleurs noter des ressemblances et un certain prolongement entre eux. « Des enquêtes révèlent [par exemple] que dans les échanges au sein des mondes virtuels, comme ceux des jeux en réseaux à univers persistant, une sélectivité liée au sexe ou au cursus scolaire se produit, analogue à celle de la vie réelle »[19]. De la même manière, le développement des rencontres à distance n’a pas fait disparaître la nécessité de se rencontrer en face-à-face pour construire une relation viable. L’utilisation des nouvelles technologies ne change donc pas radicalement les modes d’interaction entre les individus.

Toutefois, elles les complexifient et les enrichissent selon une « dynamique de l’entrelacement »[20], où les échanges traditionnels et numériques s’entremêlent. Aussi pouvons-nous interagir de manière synchrone ou asynchrone (Skype en direct ou emails), publiquement ou en privé (forums ou emails). Dans ce contexte, les individus communiquent de plus en plus en utilisant plusieurs canaux (téléphone, internet, présentiel…).

 

Le lien social risque-t-il de se déliter ?

In fine, les outils technologiques numériques complètent les sociabilités classiques. Toutefois, ils ne permettent pas d’affirmer que les liens sociaux actuels soient plus profonds et durables. Des réflexions remettent d’ailleurs en cause les bénéfices relationnels induits par les NTIC. Appelé « solitudes interactives »[21], « l’isolement social [serait] aggravé par la communication médiatisée et la facticité des relations virtuelles dans la sociabilité électronique »[22]. Ces technologies sont d’ailleurs souvent critiquées quant à leurs effets sur les personnes qui cherchent à éviter les relations en présentiel, qui servent ici davantage de protection et d’échappatoire. Avec les exigences de rapidité et de réactivité, les échanges s’appauvrissent également et les formes d’engagement se révèlent relativement fragiles et disparates. Ce serait donc une logique de l’immédiateté qui s’imposerait à nous aujourd’hui : une logique contraire à des relations viables. Les risques liés au développement de groupes communautaires sont aussi souvent évoqués. « L’interactivité aboutit […] à la construction d’un espace pour soi où tout est décidé par l’individu, et où autrui est intégré selon des procédures choisies et maîtrisées. Dès lors, exit la surprise, l’inattendu, constitutifs de l’expérience de l’altérité, chacun ne rencontrera que ce à quoi il s’attend et cela sera souvent un miroir de lui-même »[23]. Néanmoins, même si l’utilisation de ces nouveaux outils peut susciter une certaine défiance, certaines analyses tempèrent leurs impacts. Chez la génération Y par exemple, le désir de la rencontre subsiste[24].

 

Nous observons donc bel et bien des changements dans nos modes de sociabilité, mais ils ne présagent pas pour autant d’un délitement du lien social. L’homme a construit ces « machines numériques » et leur utilisation concrète l’a ensuite conduit à en modifier les usages, et donc, à réellement se les approprier. Ainsi, nous n’assisterions pas au renouvellement profond de la sociabilité mais plutôt à une « [cristallisation de] la façon dont la société pense »[25].   



[1] Académie de Grenoble

[2] Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.33.

[3] T. de Billencourt, T. Beauvisage, Z. Smoreda, « La communication interpersonnelle face à la multiplication des technologies de contact », Réseaux, n° 145-146, 2007.

[4] Nathalie Blanpain (dir.), Division Conditions de vie des ménages, « 1983-1997 : les Français se parlent de moins en moins », INSEE PREMIERE, n°571, mars 1998. 

[5] Miguel Degoulet, Claire Sani, « Français - BTS 2014 », Annales ABC du BTS, Nathan, 2013, p.50.

[6] Enquête « Comment, sur le web, les auteurs utilisent les réseaux sociaux comme un laboratoire textuel ». L’écriture 2.0, Magazine littéraire, 26/04/2012, < http://www.magazine-litteraire.com/actualite/ecriture-2-0-15-26-04-2012-36776>

[7] Miguel Degoulet, Claire Sani, « Français - BTS 2014 », Annales ABC du BTS, Nathan, 2013, p.48.

[8] Régis Bigot, Patricia CROUTTE, Emilie Daudey, Enquête « Conditions de vie et Aspirations des Français », La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française (2013), CREDOC, Collection des rapports n°297, novembre 2013.

[9] C. Licoppe, « La présence connectée » in C. Licoppe (dir.), L’Evolution des cultures numériques. De la mutation du lien social à l’organisation du travail, FYP éditions, 2009.

[10] Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.35.

[11] Ibid.

[12] Valérie Beaudouin, « Les dynamiques de sociabilités »  in C. Licoppe (dir.), L’Evolution des cultures numériques. De la mutation du lien social à l’organisation du travail, FYP éditions, 2009, p.23.

[13] Ibid.

[14] Howard Rheingold, Les Communautés virtuelles, Addison-Wesley France, 1995.

[15] Mathieu Chartier, Guide complet des réseaux sociaux, First Interactive, 2013, p.16 et 34.

[16] Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.36.

[17] Etude « L’audience de l’internet en France en décembre 2013 », Médiamétrie, 03/02/2014.

[18] Patrice Flichy, « L’individualisme connecté entre la technique numérique et la société », Réseaux, n°124, 2004.

[19] A. Largier, « Je, nous, jeu ». La constitution de collectifs de joueurs en réseau », Réseaux, N°114, 2002.

[20] D. Cardon, Z. Smoreda, V. Beaudoin, « Sociabilités et entrelacement des médias », dans P. Moati (dir.), Nouvelles technologies et modes de vie. Aliénation ou hypermodernité ?, Editions de l’Aube, 2005.

[21] D. Wolton, Penser la communication, Flammarion, 1997.

[22] Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.42.

[23] P. Breton, Le Culte de l’Internet. Une menace pour le lien social ?, La Découverte, 2000.

[24] S. Tisseron, S. Missonnier, M. Stora, L’Enfant au risque du virtuel, Dunod, 2006.

[25] Isabelle Compiègne, La société numérique en question(s), Sciences Humaines Editions, 2011, p.43.


 [L1]Revoir source

 

1 avril 2015

L'homme et les nouvelles technologies, quelles conséquences sur son organisme ?

 

Point de départ de l’industrialisation, la machine à vapeur a entrainé la mécanisation d’un grand nombre d’activités historiquement réalisées de la main de l’homme, comme le filage ou le tissage. Cette multiplication des machines dans l’industrie a peu à peu suscité la méfiance de l’opinion publique : la machine intrigue la société. Mal connues et mal comprises, perçues comme négatives, les machines semblent effrayantes, elles dépossèdent l’homme de ses compétences et semble le déshumaniser. La société a peu à peu conscience que la machine influence le corps humain de façon visible avec des modifications corporelles et de façon plus discrète avec la modification des processus cognitifs.

 

Les effets de la machine sur le corps humain.

 

Influence néfaste de la machine sur le corps humain.

Les objets techniques peuvent avoir une influence sur le corps humain et notamment sur les capacités sensorielles de l’être humain. A titre d’exemple, les machines sont nombreuses à émettre un bruit. Celui-ci peut être voulu par le concepteur ou bien dû au fonctionnement de la machine : bruit des roulements mécaniques, alarmes automatiques, frottements, etc. Le bruit, à partir d’un certain seuil, peut être dangereux pour l’être humain. L’INRS[1] considère qu’une exposition à plus de quatre-vingt décibels pendant une durée de plus de huit heures met en danger l’ouïe. La personne ainsi exposée risque la surdité, qui est un handicap sensoriel irréversible et grave. Le bruit, entrainant la surdité à plus ou moins grande échelle selon la fréquence, impacte la santé des hommes dans son ensemble : du système nerveux au système digestif.

L’utilisation de machine modifie aussi la posture naturelle de l’homme et le pousse, dans certains cas, à effectuer des gestes nocifs pour sa santé – sans que celui-ci s’en aperçoive forcément ou alors de façon différée. On observe depuis une dizaine d’année l’augmentation du nombre de troubles musculo-squelettiques notamment en raison de la multiplication de l’utilisation des écrans. A titre d’exemple, en 2012, les français passaient en moyenne 36h par semaine sur des écrans, tous supports confondus, activités de loisir et professionnelles comprises[2]. A long terme, la mauvaise posture induite par les écrans influence l’organisme de l’être humain : apparaissent alors au fil du temps des troubles musculo-squelettiques particulièrement au niveau des membres supérieurs, des épaules et du dos. Ces troubles sont très invalidants pour l’homme puisqu’ils entravent ses mouvements naturels et les rendent douloureux.

Ainsi nous avons vu que dans ces deux exemples, la machine influence le corps humain de façon négative : création d’un handicap irréversible dans un cas, douleurs et diminution des capacités physique dans l’autre. Plutôt que de l’assister, la machine abîme l’homme dangereusement, de façon insidieuse, parfois lente et souvent irréversible. Elle devient alors un ennemi face à l’homme. Mais ne sommes nous pas dans une position trop manichéenne ? Car la machine est avant tout une création humaine.

 

L’opposition entre homme et machine.

Gilbert Simondon, philosophe français, a travaillé sur la question de la technique et de ses formes d’aliénation. Dans Du mode d’existence des objets techniques[3], il étudie la relation qu’entretien l’homme avec l’objet technique notamment sous l’angle de la culture. Il s’interroge sur l’opposition marquée que fait notre société entre l’homme et la machine.

Pour Gilbert Simondon « l’opposition dressée entre la culture et la technique, entre l’homme et la machine est fausse et sans fondement, elle ne recouvre qu’ignorance ou ressentiment ». En effet cette opposition montre pour l’auteur le refus d’une réalité étrangère qu’est la machine : la culture s’opposant à la technique, elle considère que les objets techniques ne contiennent pas une part d’humain. Or, d’après Simondon, cette opinion se forge sur une méconnaissance de la machine même, de sa nature et de son essence. Il cite l’homme intelligent qui ne comparerait jamais un personnage peint avec une véritable réalité et qui pourtant, parle des machines comme menaçant l’homme, leur attribuant ainsi une âme autonome.

Simondon relève ainsi deux positions contradictoires : la culture pense les objets techniques comme simple matière et à vocation utilitariste et dans un même temps, pense l’objet technique comme « étant animé d’intentions hostiles envers l’homme ». Or, toujours d’après Simondon, une machine « purement automatique » n’est pas intéressante, il faut qu’elle soit dirigée par l’homme, comparant ce dernier à un chef d’orchestre. Le chef d’orchestre dirige les musiciens « parce qu’il joue comme eux […] il les modère ou il les presse, mais est aussi modéré et pressé par eux ». La machine, donc, n’est pas un ennemi de l’homme puisqu’elle a besoin de ce dernier pour fonctionner : elle coopère avec l’homme.

Ce dernier point mis en avant par Simondon est d’ailleurs très justement et joliment illustré par l’artiste polonais Igor Morski dans son oeuvre[4] présentée ci-dessous :

 

IGORMORSKI

Œuvre sans titre, Illustration réalisée pour la presse grâce à des logiciels 3D par Igor Morski (né en 1960) consultable à l'adresse suivante : lien 1  
"L’homme est une machine, fait de métal et de rouages, mais reste dirigé par un être humain. En place et lieu du cerveau se trouve un homme qui reste au commandes de la machine et la fait fonctionner."

 

Ainsi, pour Simondon, si l’individu technique devient l’ennemi de l’homme c’est parce qu’auparavant, à une époque ou seuls existaient les outils, l’homme « centralisait en lui l’individualité technique ». La machine a donc pris la place de l’homme car l’homme accomplissait une fonction de machine, « de porteur d’outils ». D’après Simondon, il est donc nécessaire de repenser l’opposition entre homme et technique, entre homme et machine, sous l’angle de la culture, ce qui nous permet de penser la raison de cette opposition et de mieux la comprendre.

 

S’il n’est pas nécessaire d’opposer systématiquement la machine et la technique à l’homme, il faut reconnaître que dans certains cas, leurs effets nocifs se rapportent sur l’être humain. Toutes les machines ne sont pas dangereuses, il est important que notre société reconnaisse l’utilité de ces outils et qu’elle en valorise les bienfaits. La machine et la technique n’influencent pas seulement le corps physique de l’homme, mais aussi sa façon de penser et de raisonner, ce qui est moins visible et semble plus difficile à évaluer que les transformations corporelles.

 

Les changements cognitifs engendrés par les machines et les nouvelles technologies. 

 

11094680_10206591937382139_641795040238096722_n

 Léo Caillard, photographe français de 27ans, s'attache à associer éléments anciens et modernes grâce au photo montage. Cette photo illustre l'article "Pourquoi nous n'apprenons plus comment avant " (Philosophie Magazine, n°62, septembre 2012, p.35). Il s'agit d'associer une figure littéraire (Blaise Pascal), avec l'outil qui a révolutionné la recherche d'information: internet. On pose ici la question de comment l'imprimé a été délaissé au profit du numérique pour le stockage et le de connaissance.

 

 Internet, mémoire et schémas de pensée

« Selon le Centre de Recherche sur la Mémoire et l'Age, la lecture et la navigation sur le Web utilisent le même mode de mémorisation et stimulent les mêmes centres d'activité du cerveau. Mais la recherche sur Internet stimule également des secteurs liés à la prise de décision et au raisonnement complexe. Ce qui constitue à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : avec l'âge, surfer sur la Toile vous aidera à entretenir et à aiguiser vos capacités cognitives, un peu comme les mots croisés[2] ».

L’invention de l’imprimerie a permis, en plus d’accélérer la circulation de l’information, d’inviter le lecteur à réfléchir par lui-même : les hommes ont ainsi la possibilité de se servir aussi habilement de leur imagination que de leur intelligence. Aujourd’hui, l’omniprésence des « nouvelles technologies » repose la question d’un cerveau en modification.

Des experts en philosophie sociologie (comme Marc Prensky et Michel Serres) veulent ainsi mettre le doigt sur un même phénomène : Les personnes nées après 1980 seraient différents des précédentes générations car leur exposition aux nouvelles technologies impacterait leur cerveau, façonnant des modes de pensée et d’apprentissage différents. Marc Prensky, dans son article « Digital Natives, Digital Immigrants », nous explique ainsi que « les enfants du numérique « sont habitués à recevoir l’information très rapidement. Ils aiment les processus parallèles et le multitâche. Ils préfèrent les illustrations aux textes. Ils préfèrent les accès directs (comme l’hypertexte). Ils fonctionnent mieux en étant connectés. Ils avancent par des gratifications immédiates et des récompenses fréquentes. Ils préfèrent les jeux au travail « sérieux» [3]».

Ces nouveaux comportements suggèrent donc une mutation dans les façons de penser. Comme le résume Michel Serres dans son ouvrage Petite Poucette (2012), « ils n’ont plus la même tête : les sciences cognitives montrent que l’usage de la Toile, la lecture ou l’écriture au pouce des messages, la consultation de Wikipédia ou de Facebook n’excitent pas les mêmes neurones ni les mêmes zones corticales que l’usage du livre, de l’ardoise ou du cahier [4]».

 Le psychiatre américain Gary Small, spécialiste du cerveau et de la mémoire, nous rappelle quant à lui dans son livre iBrain que la télévision a eu un impact fondamental dans nos vies au siècle dernier. Elle est maintenant remplacée par Internet en tant que première source de stimulation cérébrale. Small choisit d’utiliser la métaphore de la photographie argentique pour expliquer l’impact neurologique des nouvelles technologies. « À chaque fois que nos cerveaux sont exposés à une nouvelle stimulation sensorielle ou à une information, ils fonctionnent comme une pellicule photo exposée à une image. La lumière de l’image passe à travers l’appareil et cause une réaction chimique qui altère la pellicule et crée une photographie», nous dit-il. Le cerveau en est donc modifié à chaque fois[5].

 D’autres experts se sont penchés sur ces évolutions cognitives pour essayer de les comprendre. Gérard Berry, informaticien et professeur au Collège de France, note ainsi que « la numérisation induit ainsi des inversions mentales, autrement dit des retournements de perception quant à des actions élémentaires de la vie courante[6]». Berry prend l’exemple de l’écriture de textes, en expliquant que tandis que « la machine à écrire du XXe siècle associait le temps de l’écriture physique à celui de la frappe, le traitement de texte moderne les dissocie complètement, ce qui modifie considérablement la façon de lier pensée et écriture. » L’expérience de l’espace est elle aussi bouleversée. Ainsi, alors qu’on achetait une carte pour trouver l’endroit où on se trouvait, pour trouver sa destination, on a aujourd’hui toutes les cartes directement dans son téléphone ou GPS, qui nous disent en permanence où nous sommes, avec un itinéraire qui s’affiche automatiquement. Toute l’opération est donc mentalement inversée.

 

Des mutations qui touchent toutes les générations

Certains membres de la génération dite des « migrants du numérique » peuvent être plus imprégnés des technologies numériques, et plus compétents dans ce secteur, que nombre de « natifs ». Marc Prensky lui-même est revenu sur sa distinction entre « migrants » et « natifs » du numérique, car même ceux nés avant 1980 voient leur cerveau modifié par le numérique. Alors qu’on a longtemps cru que le cerveau devenait immuable à l’âge adulte, les neurosciences nous enseignent aujourd’hui qu’il reste malléable. Il ne cesse en effet jamais de détruire des connexions entre les neurones et d’en créer de nouvelles, et ce tout au long de la vie[7].

 

Nouvelle pensée : avis contraires

Pour certains, internet et l’accès aux nouvelles technologies n’a rien changé dans les manières de penser et a « uniquement» permis de faciliter l’accès à l’information et au savoir.

Selon Nicolas Christakis, médecin et professeur de sociologie à Harvard, notre réflexion a donné naissance à l'internet, et l'internet a donné naissance à notre réflexion. Ainsi Internet change notre façon de penser le Monde, mais pas notre façon de penser. L'effet principal de l'internet sur notre façon de penser est donc  difficile à révéler quand il affecte le milieu culturel de la pensée – via un moyen de partage bon marché instantané et global et pas seulement le comportement des utilisateurs[8].

 

Ainsi machines et outils techniques influent-ils depuis toujours non seulement sur le physique, mais aussi sur l’intellect de l’Homme, et ce dès leur création par ce dernier. Ces changements témoignent d’une constante évolution de notre espèce, et obligent parfois à redéfinir (particulièrement depuis l’avènement des « nouvelles technologies ») la notion même d’humanité. Ce concept n’englobe pas seulement corps et esprit, mais également notre rapport à l’Autre. Ce troisième état de l’Homme (en tant qu’Etre social donc), est également bouleversé face à la Technique et à la Machine.

 

 

 



[1] Hélène Malard, « De la tablette d’argile à la tablette tactile », Philosophie Magazine, n° 62, septembre 2012, p.39

[2] Nicolas Carr, Internet rend-il bète ?, 2011.

[3] Marc Prensky, DigitalNatives, Digital Immigrants, 2001

[4] Michel Serres, Petite Poucette,2012

[5] Gary Small, Ibrain, 2009.

[6] Gérard Bary, l’informatique modifie-t-elle notre façon de penser [en ligne]. Le Figaro (20 avril 2012). Adresse : http://www.lefigaro.fr/sciences/2012/04/20/01008-20120420ARTFIG00572-l-informatique-modifie-t-elle-notre-maniere-de-penser.php

5Paris Tech Review, Nouveaux schémas de pensée, quel impact pour l’éducation, février 2015

[8] Hubert Guillaud, Internet a-t-il changé les modes de pensée [en ligne], Le Monde, 26 février 2012

 


[1] http://www.inrs.fr/ Association loi 1901, l‘INRS est un organisme public de référence dans le domaine de la santé au travail financé par l’Etat français.

[3] SIMONDON Gilbert, Du Monde des objets techniques, 1958, éditions Aubier collection Philosophie.

[4] MORSKI Igor, Œuvre sans titre, Illustration réalisée pour la presse grâce à des logiciels 3D consultable à l’adresse suivante http://www.igor.morski.pl/work/

1 avril 2015

L’homme et l'objet technique, la machine : un rapport uniquement utilitariste ?

 

evolutionofman

The evolution of man.

Ce dessin détourne la célèbre théorie de l'évolution de l'homme selon Darwin. Il s'agit ici de voir l'évolution de l'homme sous un angle plus technologique et pessimiste. En effet, la dernière phase de cette évolution semble montrer un homme recourbé sur son écran, ne regardant pas l'horizon comme ses prédécesseurs. 

Ainsi, dans cette illustration, l'homme paraît asservi à la machine, ou en tous cas très dépendant et cela pose une question primordiale pour notre sujet : quels rapport entretenons-nous avec nos objets techniques, machines et/ou nouvelles technologies?

L'auteur de cette image est un internaute anonyme : Damenace, son oeuvre et les quelques références à celle-ci sont disponibles sur ces deux liens suivant : lien 1 - lien 2

 

L'homme en toute maîtrise, créant des outils et façonnant le monde.

Il semble donc nécessaire de clarifier le ou les rapports qui existent entre l’homme et les outils, les machines et nouvelles technologies. À priori, l’homme a une certaine ascendance sur les objets techniques, modernes ou non, puisqu’il en est le créateur. Ici, on se situe dans une logique assez classique et utilitariste de la technique où l’homme façonne des outils et des objets techniques lui permettant de décupler sa force ou de façonner le monde.

Or, on s’aperçoit vite que ce rapport incombe aussi une dimension métaphysique entre l’homme et la technique puisque l’homme n’a plus qu’un rapport de fabrication mais il pose également un regard sur le monde tout à fait particulier. L’homme, grâce à la technique et ses outils modernes est ainsi capable de modifier son monde, sa personne et la nature de manière générale.

Dans le Discours de la méthode (partie IV) Descartes expliquait justement que la technique permettait à l’homme de se rendre comme « maître et possesseur de la nature ». Il y a une réelle utilité de la science moderne pour Descartes car la connaissance des lois du monde naturel permet à l’homme d’intervenir sur la Nature, son monde, sur lui-même s’il le veut et selon sa propre volonté. Ici la technique et les objets techniques permettraient de soulager le travail des hommes par le biais d’outils et de machines, par exemple, mais aussi de guérir les hommes et allonger leur espérance de vie. Dans ce cas présent, l’homme est en pleine puissance et en totale maîtrise de ses capacités et outils, machines ou technologies créées. Cette position s’apparente aisément à une sorte d’optimisme technicien où l’homme et la technique qu’il créé seront toujours en mesure de régler les problèmes imposés par la nature, ou par la technique elle-même.

Ainsi, dans cette première vision du rapport que l’homme peut avoir à la technique, les technologies créées par l’homme restent sous son contrôle et fonctionnent selon son intentionnalité-propre. Il n’y aurait, dans ce cas, pas ou peu de risques à utiliser les technologies créées par l’homme. Ce rapport plutôt utilitariste et classique suppose ainsi une primauté de l’homme sur ses technologies et un rapport unilatéral entre les deux entités que sont l’homme et ses créations. Il serait cependant intéressant de voir comment ce rapport peut être inversé.

 

L'outil pourrait-il rendre l'homme humain ? 

Aristote dans Les parties des Animaux explique que ce n’est pas parce-que l’homme a des mains que l’homme est le plus intelligent des êtres, mais que c’est justement parce qu’il est le plus intelligent qu’il a des mains. Il insiste donc sur le fait que l’homme est d’abord un être intelligent avant d’être un homo faber, un technicien ou créateur. Pour lui, si la nature a donné l’outil le plus polyvalent et utile à l’homme c’est bien parce qu’il saurait s’en servir mieux que tous les autres animaux.

Outre l’empreinte des dieux olympiens sur le destin de l’homme dans le discours d’Aristote, on remarque que sa façon d’appréhender le rapport entre l’homme et la technique est assez originale. En effet, l’homme est, pour lui, d’abord un être intelligent mais sans réelles capacités pour « faire ». L’homme devient alors vraiment un homme complet : homo sapiens et faber, lorsqu’il possède enfin un outil, ici la main.

Le rapport est ainsi ici inversé dans cette vision originale : l’outil pourrait permettre à l’homme d’être un homme complet. Ainsi l’homme ne façonne pas uniquement des outils, objets techniques et technologies modernes mais celles-ci aussi le façonnent et le rendent humain.

Cette vision que propose Aristote, aujourd’hui critiquée par l’anthropologie moderne, présente tout de même un aspect intéressant dans notre rapport à la technologie. C’est peut-être elle qui nous influence et nous permet d’explorer tout notre potentiel. Mais alors, qui façonne qui ? Devons-nous en avoir peur ?

  

La machine contre l’homme, scénario catastrophe. 

Il est vrai que nos connaissances et nos outils techniques ne cessent d’évoluer, si en 1804 le chemin de fer prenait forme, moins de cent-cinquante ans plus tard les premières nanotechnologies voyaient déjà le jour. Cependant, il est nécessaire de toujours questionner ce désir de progrès et la finalité réelle ou l’usage que nous faisons de nos technologies. Certaines technologies et machines ont un impact plus important sur notre humanité que l’on peut l’imaginer et il est indispensable d’anticiper cet effet afin de rester, justement, maître de notre technologie, ou au moins essayer de le rester.

Hans Jonas, dans son ouvrage Le principe de responsabilité, invite à être conscient de l’impact qu’ont nos technologies sur nous-même, notre monde mais aussi sur le futur. Il est clair que nous avons créé des technologies qui présentent un réel risque pour nous-même mais aussi pour les générations à suivre : l’énergie nucléaire par exemple et la gestion de ses déchets. Il s’agit ici de considérer les conséquences lointaines et présentes de nos techniques et donc d’être en mesure de les anticiper. Hans Jonas suggère de prévoir les conséquences néfastes et irréversibles d’une création et si une technologie présente trop de menace importanten, il faut ainsi y renoncer, au nom du « scenario catastrophe ».

Ici, cette vision plus sceptique et pessimiste posée sur nos technologies inverse encore les rapports que nous avons vus précédemment. Il s’agit d’être conscient que les techniques que nous créons peuvent avoir un impact néfaste et irréversible sur notre monde et notre humanité. Ainsi, les technologies que nous créons et que sommes sensés maîtriser peuvent se dresser contre nous.

Cette troisième vision plus sceptique, pessimiste voire technophobe révèle un aspect tout à fait notable dans notre rapport à la technique : celle-ci peut s’avérer être un ennemi ou en tous cas une entrave au bon fonctionnement de notre espèce et de la nature. Cette vision souligne également une part d’ombre et de doute non négligeable dans notre processus de création technique : nous ne sommes pas toujours en mesure de prévoir et de calculer les impacts, bénéfiques ou non, de nos outils et technologies.

 

La machine et l’homme : dépendant l’un de l’autre.

Nous avons précédemment souligné le fait que nos techniques et objets techniques ont considérablement évolués. Tout comme l’homme à vrai dire si l’on suit le modèle de Darwin et notre illustration ci-dessus. Ainsi l’objet technique pourrait avoir des stades d’évolution comme l’homme qui passe de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte.

Si cette analogie peut paraitre surprenante, pour Gilbert Simondon elle est tout à fait recevable. En effet, dans son ouvrage Du mode d’existence des objets techniques, il explique que l’opposition classique et stérile entre l’homme et l’objet technique n’est que culturelle et qu’il faut la dépasser. Pour lui, l’objet technique évoluant et se perfectionnant toujours plus prouvent qu’il ne peut êt uniquement considéré comme un ustensile. Nos technologies ont acquis un certain seuil d’évolution laissant apparaître une marge plus importante de fonctionnement qu’au stade du simple automate. C’est justement cette recherche de marge de manœuvre et d’imprévisible qui fait de nos machines et technologies modernes des éléments dans lesquels il réside, plus que jamais, de l’humain. Il souligne tout de même le fait que l’homme doit rester maître et organisateur permanent de ses machines.

Ainsi, Simondon dénonce la technophobie facile. Pour lui, l’objet technologique ne peut être autre chose que purement humain : "ce qui réside dans les machines, c’est de la réalité humaine, du geste humain fixé et cristallisé en structures qui fonctionnent".

Cette dernière vision originale du rapport entre l’homme et ses technologies nous invite à dépasser nos préjugés culturels pour voir au-delà de l’objet technique comme pur outil ou ustensile. Il a en lui quelque chose de profondément humain puisqu’il reproduit son évolution, ses schèmes de logiques et de fonctionnements. Ici, il s’agit de voir l’objet technique et nos machines non pas comme des ennemis lorsqu’ils sont très perfectionnés mais comme des collaborateurs et des créations dont nous devons être fiers.

 

Il apparait, au terme de cette première partie, différents rapports envisageables entre l’homme et ses créations techniques. D’abord, dans une vision assez classique et utilitariste, l’homme peut se poser en tant que créateur et maître de ses technologies. Grâce à ses connaissances et son intellect, celles-ci restent sous son contrôle et lui permettent de modifier son monde, la nature et sa personne s’il le souhaite. Ensuite, le rapport s’inverse plus ou moins avec l’apport original d’Aristote qui nous a permis de préciser que nous ne sommes des hommes complets que lorsque nous sommes en mesure de maîtriser des outils, ici ce sont nos outils et technologies qui nous font être des humains. Puis, nous avons également vu, avec Hans Jonas, que ce rapport inversé pouvait aussi jouer en notre défaveur : nos technologies pouvaient se dresser contre nous et nous porter préjudice si nous ne considérions pas les impacts que celles-ci peuvent avoir à plus long terme. On parle alors de scénario catastrophe. 

Enfin, nous avons exploré le point de vue de Gilbert Simondon, plus nuancé, expliquant que l’homme et ses outils, ses technologies ne pouvaient être indissociables. Nos objets techniques comportent toujours une part d’humanité et nous en sommes toujours la cause. En rejoignant sa vision à celle d’Hans Jonas ou de Descartes, on ne peut nier que, même lorsque nos technologies ont un impact néfaste, il en est de la responsabilité des hommes, pas de nos technologies et que dans celle-la même réside une part d’humanité au sein même de ses schémas, fonctionnements et bugs.

Nous avons ainsi vu les différents rapports que l’on pouvait entretenir face à nos technologies et notre technique. Il est apparu clairement que celle-ci pouvait à la fois nous être tout à fait bénéfique mais qu’elle pouvait aussi modifier notre monde et notre essence même d’humain. Il s’agit maintenant de voir dans quelle mesure nos technologies nous modifient insidieusement, ou non, selon trois niveaux différents, inhérents à la définition d’un homme homo-sapiens : notre capacité de logique, notre intégrité corporelle (l’homme comme bipède, hominidés etc) et notre  faculté sociale.

Publicité
1 avril 2015

Introduction

Métro de Lille, tous les passagers ont un Ipod, des écouteurs, un téléphone, une liseuse ou un livre. Tous ces objets sont des outils, plus ou moins modernes et complexes, que l'homme a créés. Est-ce que l'on oserait se promener dans la rue, le métro ou même aller au travail avec un marteau ou un tournevis dans les mains ou la poche ? Surement pas et pourtant tous ces objets techniques, ces machines qui sont omniprésentes dans notre quotidien sont des outils.

Ce propos peut paraître un peu extrême mais, grâce à cette transposition avec des outils plus primaires, cela permet de remarquer que nous avons un usage intensif des technologies. Il est nécessaire de donner une définition à la machine, à l'objet technique de 2015 : il s'agit d'un objet issu de la création de l'homme, mécanique, automatique ou non, effectuant des tâches, recherches à la place de l'homme et lui facilitant certaines actions.

Notre utilisation actuelle des outils et machines semble évoluer avec l'apparition de nouvelles technologies, de plus en plus performantes et présentes dans nos vies. Il est clair que nous n'étudions, ne travaillons et ne nous amusons pas de la même façon que les générations précédentes. Ce n'est pas un « scoop », mais ces dites nouvelles technologies, comme les outils plus primaires, ont un impact visible dans notre quotidien et notre façon d'être.

Être un homme justement, selon la communauté scientifique, cela se rapporte à la définition d'un homo sapiens : un être de chair se tenant sur ses jambes, capable de logique, capable de créer des outils et surtout, un être social. En quoi ces machines et nouvelles technologies affectent-elles notre essence même d'humain ? Il s'agira, sur ce blog, de voir comment les nouvelles technologies ont redéfini notre rapport à la machine, aux outils et de comprendre comment elles influent sur notre chair, nos capacités cognitives et notre sociabilité. 

Publicité
En quoi les machines et technologies créées par l'homme influent-elles sur son essence même d'être humain ?
Publicité
Archives
Publicité